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Histoire du collier de pièces d’or

Histoire du collier de pièces d'or : de la dot berbère au bijou tendance

Histoire & Patrimoine

Histoire du collier de pièces d'or

De la dot berbère au bijou tendance — un trésor millénaire porté sur la peau

Lecture : 9 min  ·  Bijoux berbères  ·  Joaillerie orientale


Il y a dans le collier de pièces d'or quelque chose d'unique parmi tous les bijoux du monde : il est à la fois parure, mémoire, richesse et identité. Porté au cou des femmes berbères depuis des siècles, il traverse aujourd'hui les frontières et les générations pour s'imposer comme l'un des bijoux les plus désirés de la mode contemporaine.

Mais derrière cette résurgence tendance se cache une histoire extraordinairement riche, qui court de l'Antiquité phénicienne aux souks de Marrakech, des steppes ottomanes aux mariages kabyles d'aujourd'hui. Une histoire où l'or n'est jamais seulement de l'or — il est protection, transmission, statut social, et parfois dernier recours.

Des origines antiques à l'Afrique du Nord

L'usage de suspendre des pièces de monnaie en or autour du cou ne naît pas avec l'islam. Il plonge ses racines dans l'Antiquité la plus lointaine. Les Phéniciens, grands navigateurs et commerçants, répandent dès le premier millénaire avant notre ère la pratique de transformer les pièces en parures. Pour eux, la monnaie en or possède une double valeur : marchande et sacrée, chaque pièce portant l'effigie d'un dieu ou d'un roi divinisé.

Carthage, fondée sur les côtes de l'actuelle Tunisie vers 814 avant notre ère, hérite et amplifie cette tradition. Les fouilles archéologiques de nécropoles carthaginoises révèlent des colliers de pièces, d'amulettes et de pendentifs en or d'une sophistication remarquable. La femme carthaginoise porte sa richesse sur elle — un usage qui ne disparaîtra jamais complètement du Maghreb.

Chez les peuples berbères, l'or porté sur soi n'est pas vanité. C'est une sagesse ancienne : ce qu'on porte ne peut être volé par la guerre, le feu, ni la famine.

Tradition orale berbère

Avec l'islamisation du Maghreb au VIIe siècle, la pratique se transforme mais ne s'efface pas. Les pièces à l'effigie des souverains byzantins, puis omeyyades, puis abbassides, deviennent les nouveaux pendentifs. La symbolique change — plus de dieux gravés dans l'or — mais la logique de fond demeure identique : la femme est dépositaire de la richesse familiale, et elle la porte.

La dot berbère : quand le collier est une banque

Pour comprendre le collier de pièces d'or, il faut comprendre son rôle fondamental dans le système matrimonial et économique des sociétés berbères et maghrébines : il est une banque portative, une assurance-vie, et une déclaration de statut social, le tout réuni en un seul bijou.

Le trousseau, trésor de la mariée

Dans la tradition berbère, le mariage est l'occasion d'une transmission de richesse considérable. La famille de la mariée constitue son trousseau pendant des années, parfois dès l'enfance. Au cœur de ce trousseau figurent les bijoux — et parmi eux, le collier de pièces d'or occupe une place souveraine. Chaque pièce ajoutée représente une économie familiale, un sacrifice consenti, une promesse d'avenir.

Une richesse appartenant à la femme seule

Ce point est crucial et souvent méconnu : dans la tradition islamique comme dans le droit berbère coutumier, les bijoux de la mariée lui appartiennent en propre. Ni le mari ni la belle-famille n'ont de droit sur eux. En cas de divorce, de veuvage ou de coup dur, ces pièces d'or représentent son capital personnel, sa garantie d'indépendance économique. Le collier de pièces n'est donc pas un simple ornement : c'est un instrument d'émancipation féminine codifié dans la coutume depuis des siècles.

Le nombre de pièces, signe de prestige

La longueur du collier et le nombre de pièces qui le composent constituent un véritable langage social. Dans certaines régions de Kabylie, de l'Atlas marocain ou des Aurès, on peut lire au premier coup d'œil la prospérité d'une famille au nombre de pièces portées par ses filles lors des cérémonies. Les colliers les plus impressionnants comptent parfois plusieurs dizaines de pièces et descendent jusqu'au nombril — véritable proclamation de richesse et de fierté.

Le collier de pièces à travers le monde islamique

Si le Maghreb berbère est sans doute la terre d'élection la plus emblématique du collier de pièces, ce bijou se retrouve sous des formes diverses dans l'ensemble du monde islamique, chaque région y apportant ses spécificités esthétiques et culturelles.

🇲🇦

Maroc

Les colliers de pièces marocains, notamment dans les régions amazighes du Haut-Atlas et du Souss, associent pièces d'or et perles de corail rouge — symbole de fertilité et de protection contre le mauvais œil. Les pièces françaises (Napoleon III) et espagnoles y côtoient des médaillons frappés localement.

🇩🇿

Algérie & Kabylie

En Kabylie, le collier de pièces (aqrab) est un bijou de mariage incontournable. Les pièces ottomanes, françaises et les médaillons locaux gravés de symboles berbères (croix d'Agadez, motifs géométriques) se mêlent en compositions uniques à chaque famille.

🇹🇳

Tunisie

La joaillerie tunisienne combine les influences ottomanes, andalouses et juives dans des colliers d'une richesse ornementale exceptionnelle. Sfax et Djerba sont les capitales de cet artisanat, où les pièces sont souvent serties dans des montures filigranées d'une délicatesse extrême.

🇹🇷

Turquie ottomane

L'Empire ottoman diffuse à grande échelle la pratique du collier de pièces à travers tous ses territoires, des Balkans à l'Égypte. Les pièces frappées à Constantinople — souvent ornées de la tughra (monogramme) du sultan — circulent dans tout le monde méditerranéen.

🇸🇦

Arabie & Golfe

Dans la péninsule arabique, les colliers de pièces en or (souvent des souverains britanniques ou des pièces locales) sont portés par les femmes bédouines comme réserve de valeur. La tradition se perpétue aujourd'hui dans les pays du Golfe, où les bijoux en or massif restent un investissement culturellement ancré.

🇪🇬

Égypte & Levant

En Égypte, les pièces de la livre égyptienne et les anciens souverains britanniques constituent la base des colliers de mariage. En Palestine, Syrie et Liban, ils sont souvent enrichis de pierres semi-précieuses et de pendentifs calligraphiques, créant des pièces d'une grande complexité narrative.

Les pièces d'or et leur symbolique

Toutes les pièces d'or ne se valent pas aux yeux de la tradition. Certaines sont prisées pour leur pureté, d'autres pour leur symbolique historique, d'autres encore pour leur beauté graphique. Voici les pièces les plus emblématiques qui composent les plus beaux colliers orientaux.

Pièce Origine Titre Symbolique
Souverain (Sovereign) Royaume-Uni 917‰ Pièce la plus utilisée dans les dot berbères et arabes. Portrait royal = prestige et stabilité.
Napoléon (20 francs) France 900‰ Très répandu au Maghreb après la colonisation. Son profil reconnaissable en fait une pièce iconique du Maghreb.
Livre ottomane (Lira) Empire ottoman 916‰ Porte la tughra du sultan — très chargée symboliquement dans tout le Proche et Moyen-Orient.
Dinar islamique Monde islamique 999‰ Pièce à caractère spirituel, frappée selon les standards prophétiques. Portée pour sa bénédiction.
Pond (Krugerrand) Afrique du Sud 916‰ Populaire dans les pays du Golfe depuis les années 1970 pour son or de haute qualité.
Médaillons frappés localement Maghreb, Levant Variable Portent des symboles berbères, calligraphies arabes, ou main de Fatma. Dimension identitaire forte.

La pièce la plus universellement appréciée dans le monde arabo-berbère reste le souverain britannique, non pour une sympathie particulière envers la couronne anglaise, mais parce que sa teneur en or de 917‰, sa robustesse et sa reconnaissance internationale en font l'étalon indiscuté de la valeur.

L'art de fabriquer un collier de pièces d'or

Un collier de pièces d'or n'est pas simplement un enfilage de monnaies sur une chaîne. La façon dont les pièces sont montées, reliées et ornementées constitue un art à part entière, transmis de génération en génération dans les souks des orfèvres.

Le montage : encadrer la pièce sans l'abîmer

La première règle de l'art du bijoutier est de ne jamais percer la pièce elle-même, ce qui en détruirait la valeur numismatique et symbolique. On réalise donc une monture — une fine bague d'or qui enserre la pièce par son tranche et à laquelle est soudée une bélière (petit anneau) permettant l'enfilage. Les montures les plus élaborées sont ornées de filigrane, de granulation ou de petites perles d'or soudées.

La chaîne et les intercalaires

Entre les pièces s'intercalent souvent des éléments décoratifs : perles d'or creuses, perles de corail, turquoises, grenats, ou petits pendentifs en forme de croissant, de main de Fatma ou de losange. Ces éléments ne sont pas purement décoratifs — chacun possède une symbolique protectrice ou identitaire précise.

Les grandes régions productrices

Les traditions joaillières varient selon les régions. À Tiznit (Maroc), capitale historique de l'orfèvrerie amazighe, les artisans travaillent l'argent et l'or selon des techniques transmises oralement depuis des siècles. À Fès, ce sont les raffinements andalous qui dominent. À Sfax et Djerba en Tunisie, l'influence ottomane se ressent dans la finesse des filigranages.

Du patrimoine au bijou tendance

Comment un bijou de dot millénaire est-il devenu l'un des accessoires les plus recherchés de la mode contemporaine ? Cette trajectoire, loin d'être anodine, illustre la façon dont la mode mondiale s'est mise à regarder vers le Sud et vers l'Est pour se renouveler.

La diaspora comme vecteur de transmission

Les premières générations d'immigrés maghrébins et moyen-orientaux en Europe apportent avec eux leurs bijoux de famille. Ces pièces circulent d'abord dans les communautés, portées lors des mariages et des fêtes. Les enfants et petits-enfants de ces immigrants les redécouvrent comme des objets identitaires puissants, chargés de la mémoire des grands-parents et des terres d'origine.

Le regard de la mode sur l'orientalisme

Les grandes maisons de mode — Chanel, Dior, Saint Laurent — commencent à s'inspirer des bijoux orientaux dans leurs collections. Les colliers de pièces et de médaillons dorés apparaissent sur les podiums, vidés de leur contexte mais magnifiés dans leur forme. Cette appropriation, discutable dans ses modalités, contribue à propulser le bijou dans la conscience collective occidentale.

La réappropriation et le retour aux sources

Le tournant décisif vient des réseaux sociaux et d'une nouvelle génération de femmes issues des diasporas qui réclament leur patrimoine bijoutier. Sur Instagram, TikTok et Pinterest, les colliers de pièces d'or fleurissent — portés non pas comme une citation de la mode occidentale mais comme une affirmation d'identité. Des créatrices de bijoux berbères, tunisiennes, libanaises lancent leurs marques et proposent des pièces ancrées dans la tradition mais pensées pour aujourd'hui.

Porter ce collier, c'est porter l'histoire de ma grand-mère. Ce n'est pas de la mode — c'est de la mémoire que je décide de rendre visible.

Témoignage d'une cliente, Paris 2024

Comment choisir son collier de pièces d'or aujourd'hui

Que vous soyez à la recherche d'un bijou chargé d'histoire familiale ou simplement séduite par l'esthétique de ces colliers, voici les critères essentiels à connaître avant d'acheter.

  • ⚖️
    Le titre de l'or Privilégiez l'or 18 carats (750‰) ou 22 carats (916‰) pour les pièces authentiques. L'or 9 carats est trop allié pour avoir la chaleur caractéristique des bijoux orientaux traditionnels.
  • 🪙
    Pièces authentiques ou reproductions ? Les colliers traditionnels utilisent de vraies pièces de monnaie (souverains, Napoléons, livres ottomanes). Les versions contemporaines utilisent des médaillons frappés à l'image de ces pièces. Les deux ont leur légitimité — l'essentiel est de savoir ce que vous achetez.
  • 🔗
    La qualité de la monture Vérifiez que les montures entourant chaque pièce sont bien soudées, sans aspérités, et que les bélières sont robustes. Un collier de pièces se porte souvent plusieurs jours de suite lors des fêtes — il doit résister.
  • 📏
    La longueur et le nombre de pièces Un collier ras-de-cou de 3 à 5 pièces convient au quotidien. Pour un mariage ou une occasion spéciale, les colliers longs de 10 à 20 pièces créent un effet plus traditionnel et spectaculaire. La longueur influe aussi sur le poids — pensez-y pour le confort.
  • Les intercalaires et ornements Corail rouge, turquoise, grenat, perles : chaque pierre qui accompagne les pièces possède une symbolique. Choisissez en connaissance de cause pour que votre bijou vous ressemble vraiment.
  • 🏪
    Acheter auprès d'artisans ou de créateurs engagés Privilégiez les bijoutiers qui connaissent l'histoire et les traditions de ces bijoux. Un collier de pièces d'or acheté en connaissance de cause vaut infiniment plus qu'une imitation achetée sans contexte.

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Sources & références :
Cynthia Becker — Amazigh Arts in Morocco · Musée du Bardo (Tunis) — Collections de joaillerie berbère · Vanessa Von Hedemann — Berber Jewelry · Musée des Arts Décoratifs (Paris) — Fonds joaillerie méditerranéenne